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Neal A. Maxwell Institute Of Religious Scholarship

Patriarcat et Matriarcat
Hugh W. Nibley
Provo, Utah: Maxwell InstituteThe views expressed in this article are the views of the author and do not necessarily represent the position of the Maxwell Institute, Brigham Young University, or The Church of Jesus Christ of Latter-day Saints.
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Patriarcat et Matriarcat

Traduit par: Sophie Lellouche

(Hugh W. Nibley, « Collected Works of Hugh Nibley », vol. 1)

Mon histoire commence avec Adam et Ève, l'homme et la femme archétypes, qui nous représentent tous. Depuis les temps les plus reculés, leur confrontation palpitante a été mise en scène dans le monde entier au travers de rites et de cérémonies. Cette confrontation représente le grand drame de la création qui est répété à l'occasion du nouvel an afin de célébrer l'institution de l'autorité divine sur la terre en la personne du roi et de son compagnon. Il existe une unité parfaite entre ces deux mortels : ils forment « une seule chair ». Le mot côte exprime une proximité, une intimité et une identité extrêmes. Lorsque Jérémie parle du « gardien de ma tsela (côte) » (Jérémie 20:10), il veut dire des amis proches, des compagnons inséparables. Ceci est à prendre au sens figuré, comme décrit dans Moïse 3:22 et Genèse 2:22, quand il nous est dit non pas que la femme ait été créée à partir de la côte, mais qu'elle était la côte, ce qui représente une puissante métaphore. De même, « os de mes os, et chair de ma chair » Genèse 2:23, « et ils s'attacheront l'un à l'autre comme une seule chair », ce qui est une condition nécessaire à l'identité totale. « Femme parce qu'elle a été prise de l'homme » (Moïse 3:23 ; italique ajouté) est intéressant parce qu'il semble qu'en anglais femme (woman) soit mystérieusement une prolongation du mot homme (man) ; d'après l'Oxford English Dictionary, l'origine et la signification des préfixes « wo- » ou « wif- » demeurent mystérieuses. L'idée que l'homme et la femme soit l'un pour l'autre la prunelle des yeux est tout aussi énigmatique. Le mot grec est kora ou korasion, ce qui signifie une petite fille ou une petite femme que l'on voit dans les yeux de l'être aimé ; l'équivalent latin est le mot pupilla, qui vient de pupa ou petite poupée, aussi à l'origine de notre mot pupille. Ce concept s'est extrêmement développé dans l'Égypte ancienne et c'est ce qui m'a orienté dans cette direction. L'œil de Rê est sa fille, sa sœur et sa femme : il se voit lorsqu'il regarde dans les yeux de cette dernière, et vice-versa. C'est l'image qui se trouve dans l'œil qui est l'idéal, le wdjat, qui est entier et parfait. Car « il n'est pas bon que l'homme soit seul » ; seul, il n'est pas entier : l'homme n'est pas sans la femme dans le Seigneur. (Voir 1 Corinthiens 11:11.) L'union parfaite et merveilleuse d'Adam et Ève a suscité l'envie et la jalousie du diable, qui s'est fixé comme objectif principal de la détruire. Il a commencé par rendre Adam et Ève gênés et mal à l'aise. « Ho, ho » a-t-il dit « vous êtes nus. Vous feriez mieux de courir vous cacher ou tout du moins de vous couvrir avec quelque chose. De quoi pensez-vous que vous aurez l'air aux yeux de votre père ? » Ils avaient des raisons d'avoir honte parce que leur nudité trahissait leur désobéissance. Ils avaient mangé du fruit défendu. Satan voulait leur faire peur en feignant d'être offensé : il les a rendus honteux d'être vus ensemble, ceci était une manière d'amener la discorde entre eux.

La première étape avait été d'en amener un à prendre une décision importante sans consulter l'autre. Il s'est d'abord adressé à Adam, en l'absence d'Ève, pour lui offrir la sagesse. Sa proposition ayant été rejetée, il est allé trouver la femme alors qu'elle était seule, et ce afin de venir à bout de sa résistance plus facilement. Il est important qu'il ait pu les trouver lorsqu'ils étaient seuls. Il existe une vieille légende juive qui en dit long sur le sujet. La légende dit qu'Adam et Ève étaient souvent séparés dans le jardin, vacant aux tâches qui leur convenaient le mieux à chacun. En d'autres termes, le fait d'être une seule chair ne les privait ni de leur individualité, ni des intérêts et des activités qui leur étaient propres.

Une fois qu'Ève eût mangé du fruit et Satan gagné sa partie, Adam et Ève étaient alors bel et bien séparés car leur nature était différente. Cependant Ève, qui dans les traditions anciennes se montre plus maligne que le serpent et le prend à son propre piège, s'en sort avec un argument très perspicace. Premièrement, elle demande à Adam s'il a l'intention de garder tous les commandements de Dieu. Bien sûr que oui ! Tous les commandements ? Évidemment ! Et quel était le premier commandement qui était aussi le plus important ? N'était-ce pas de multiplier et de remplir la terre, le commandement universel donné à toutes les créatures de Dieu ? Et comment pourraient-ils respecter ce commandement s'ils étaient séparés ? Il était évidemment prioritaire sur le commandement qui défendait de manger le fruit. Par conséquent, Adam ne pouvait qu'admettre qu'Ève avait raison et dire : « Je vois qu'il doit en être ainsi », mais c'est elle qui le lui a fait voir. Cependant, c'est beaucoup plus qu'une manière intelligente de faire valoir son point de vue. C'est une déclaration évidente que l'homme et la femme ont été mis sur la terre pour rester ensemble et avoir une famille : c'est leur plus importante obligation et elle doit prévaloir sur tout.

Ève a reçu une malédiction et il semble qu'elle doive payer le prix fort de son initiative pour obtenir la connaissance. Il est surprenant qu'une malédiction identique ait été donnée à Adam aussi. Pour Ève, Dieu « multipliera tes souffrances et tes grossesses. Tu enfanteras dans la douleur. » (Genèse 3:16.) Le mot pour douleur est atsav, qui signifie travailler, peiner, suer, faire quelque chose de difficile. Multiplier ne signifie pas ajouter ou accroître mais répéter encore et encore ; dans la version des Septante, le mot est plethynomai, telle la multiplication des mots dans les prières répétitives des anciens. Ce sont les grossesses et le travail d'Ève qui seront multipliés ; elle aura de nombreux enfants. Puis, le Seigneur dit à Adam, « C'est dans la peine que tu en mangeras tous les jours de ta vie » (c'est-à-dire le pain que par son travail la terre lui donnera). Le même mot est utilisé dans les deux cas ; il signifie travailler dur à couper et creuser ; l'homme et la femme doivent peiner et tous les deux doivent travailler. (Dans la version des Septante, le mot utilisé est lype, qui signifie un dur effort physique et mental, un malaise ou une affliction.) Cela ne signifie pas avoir de la peine, mais passer un moment difficile. Si Ève doit travailler pour avoir des enfants, Adam aussi doit travailler (Genèse 3:17 ; Moïse 4:23) pour faire en sorte que la terre produise. Tous les deux engendrent la vie par la sueur et les larmes, et Adam n'a pas la tâche la plus facile. Si son travail n'est pas aussi difficile que celui d'Ève, il est plus prolongé. Pour Ève, la vie se prolongera longtemps après avoir porté ses enfants : « néanmoins ta vie sera épargnée », alors que la tâche d'Adam doit se prolonger jusqu'à la fin de ses jours : « Dans la peine, tu en mangeras tous les jours de ta vie ! » Même la retraite ne lui fourni pas le moyen d'échapper à sa peine. Il faut remarquer qu'Adam n'est pas complètement indépendant et privilégié : il est tout aussi lié à Mère Ève qu'elle l'est à la loi de son mari. Et pourquoi cela ? S'il était d'accord pour la suivre, il était aussi d'accord pour souffrir avec elle, car son affliction lui a été donnée « parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit de l'arbre. »

Leurs deux noms signifient la même chose. Ils furent tous les deux appelés Adam : « Et il les appela du nom d'Adam » (Genèse 5:2, [version du roi Jacques] ; italique ajouté). Dans le livre de Moïse, il nous est dit que Adam signifie « nombreux », ce qui est confirmé par des études récentes faites sur les noms égyptiens Atum, Tem, Adamu. La même remarque s'applique à Ève qui est qualifiée de « mère de tous les vivants. »

Et quelle femme ! Dans l'histoire d'Eden, elle se tient seule au milieu de sept grands hommes et anges. Sept hommes pour une seule femme ! Il est intéressant de remarquer que dans le monde perdu et déchu dans lequel l'ordre céleste est inversé, le ratio est lui aussi inversé, quand sept femmes s'accrochent à un homme juste. Ceci demande une explication : Dieu a commandé à ses créatures d'aller dans le monde « deux par deux » et cependant les anciens patriarches avaient de grandes familles et plusieurs femmes. Qu'est-ce qui s'est passé ? Lorsque la première grande apostasie a eu lieu à l'époque d'Adam et Ève, les femmes, ayant la sagesse de Mère Ève, ont été moins susceptibles de se laisser séduire par les mœurs du monde Caïnite. Tout d'abord, elles ne le pouvaient pas car elles étaient trop occupées à avoir des enfants pour s'intéresser à des sottises absurdes et élaborées. Sept femmes pouvaient voir la lumière quand un seul homme le pouvait. Dans le jardin d'Éden, la présence de visiteurs célestes masculins créait un déséquilibre numérique. Pourquoi tous les anges sont-ils des hommes ? De très anciens écrits chrétiens donnent une explication intéressante. Dans le plus ancien poème chrétien, « La Perle » ainsi que dans des manuscrits découverts récemment (« Berlin Kephalia »), le chrétien vient sur terre de sa maison céleste, laissant ses parents royaux, pour une période d'épreuve sur la terre. Puis après avoir vaincu le dragon, il retourne à l'endroit céleste, où il est accueilli avec beaucoup d'enthousiasme. La première personne qui l'accueille à son retour est sa mère céleste, qui a été la dernière à l'embrasser quand il est descendu sur la terre. « La première étreinte est celle que la Mère de Vie donna au Premier Homme lorsqu'il s'est séparé d'elle pour venir sur terre pour son épreuve. » Par conséquent, il y a une division des tâches. Les anges sont masculins parce que ce sont des missionnaires, et l'église sur terre est essentiellement une organisation missionnaire ; les femmes participent à une autre tâche tout aussi importante : préserver l'ordre créé pendant que les hommes sont partis. Cette relation est très importante dans la tradition de la race (ce que le géographe Jean Bruhnes appelait « la force sage de la terre et la force folle du soleil) ». Ceci est très bien représenté dans une ode de Sappho :

« Le soir ramène toutes les choses que le soleil étincelant a dispersées

Vous ramenez le mouton et la chèvre et le petit garçon à sa mère.

Ulysse doit errer et avoir ses aventures : c'est sa nature. Mais la vie pour lui ne serait rien s'il n'était pas sûr à tout instant que sa fidèle Pénélope l'attend à la maison où les choses sont tout aussi excitantes, dangereuses et difficiles que sur les routes. » (En fait, les lettres que les missionnaires reçoivent de chez eux sont souvent plus intéressantes que celles qu'ils envoient de la mission.) Par conséquent, qui était plus important ? Ève est la première en scène, pas Adam qui s'est réveillé juste suffisamment de temps pour se tourner et s'endormir à nouveau ; et quand il s'est réellement réveillé, il a vu la femme qui se tenait là, devant lui, à l'attendre. Il n'aurait pu que penser qu'elle avait tout préparé : elle doit être la mère de tous les vivants ! Dans tout ce qui suit, elle prend l'initiative, cherchant une toujours plus grande lumière et connaissance pendant qu'Adam retenait les choses avec prudence. Qui était le plus sage ? Le premier pas audacieux devait être fait, et si par son enthousiasme elle s'est laissée influencer par le discours convaincant de son gentil « frère », ce n'était pas une faute. Certes, c'était un acte de désobéissance pour lequel quelqu'un devrait payer et elle en a accepté la responsabilité. A-t-elle été inconsciente ? C'est elle qui comprend et fait remarquer à Adam qu'après tout, ils ont fait ce qu'il fallait faire. Il faudrait passer par la douleur, mais elle est prête à l'endurer pour obtenir la connaissance : la connaissance du bien et du mal qui permettra de passer l'épreuve et d'obtenir la victoire en travaillant à leur salut comme Dieu le voulait. C'est mieux comme ça qu'auparavant ; elle est celle qui va de l'avant. Elle ne l'a pas trompé, car Dieu lui avait spécifiquement commandé de rester avec Adam quoi qu'il arrive. « La femme que tu m'as donnée en commandant qu'elle reste avec moi, m'a donné du fruit et j'en ai mangé. » Elle prend l'initiative et il l'a suivie « parce que tu as écouté ta femme. » Elle l'a mené et il a suivi. Adam prend sa défense ainsi que la sienne. « Ne vois-tu pas ? » a-t-il dit au Seigneur. « Tu lui as commandé de rester avec moi. Qu'aurait-elle pu faire d'autre que de m'emmener avec elle ? »

Ensuite, c'est la femme qui voit au travers du déguisement d'hypocrisie de Satan, l'identifie et le fait voir tel qu'il est. Elle découvre le principe des opposés d'après lequel le monde est gouverné et le voit avec beaucoup d'optimisme : ce n'est pas une mauvaise chose qu'il y ait de l'opposition en tout, c'est un principe constructif qui permet aux gens d'être heureux intelligemment. C'est mieux de connaître la raison. Pour finir, c'est la « postérité de la femme » qui repousse le serpent et accepte l'évangile : elle est la première qui accepte l'évangile de repentance. Il n'y a pas de patriarcat ou de matriarcat dans le jardin d'Eden. Adam et Ève se supervisent mutuellement. Adam ne reçoit aucun pouvoir arbitraire. Ève ne doit l'écouter que s'il obéit à leur Père. Et qui décide quoi ? Elle doit le surveiller autant qu'il la surveille. C'est un système dans lequel les intervenants sont distincts et indépendants dans leur sphère, comme les différents ministères d'un gouvernement, mais en même temps dépendants les uns des autres.

La dispensation d'Adam s'est terminée, de la même manière que toutes les grandes dispensations, par une apostasie. Adam et Ève ont élevé leurs enfants avec diligence dans l'évangile, mais l'adversaire n'est pas resté les bras croisés et a constamment essayé de les monter l'un contre l'autre. Premièrement, il a fallu à Satan surmonter le sain dégoût, « l'inimitié », qui régnait entre ceux qui le suivent et « la postérité de la femme. » Il a commencé par Caïn qui l'a suivi de tout son cœur « pour obtenir du gain. » « Et Adam et Ève bénirent le nom de Dieu et révélèrent tout à leurs fils et leurs filles. Et Satan vint parmi eux, disant : Ne le croyez pas... Et les hommes commencèrent dès lors à être charnels, sensuels et diaboliques. » (Moïse 5:12-13.) Même dans le jardin, l'humanité était sujette à la tentation, mais elle n'était pas diabolique de nature, il leur fallait travailler à cela. Tous sont tombés, mais la profondeur où nous tombons ne dépend que de nous. De Caïn à Lémec et d'Hénoc à la purification nécessaire par le déluge, la corruption s'est répandue et a couvert toute la terre. Il existait une tension et un conflit constants entre l'ordre matriarcal et l'ordre patriarcal qui étaient tous les deux pervertis. Chacun de ces deux ordres à ces particularités. Les cultures matriarcales sont sédentaires (souvenez-vous que la mère reste à la maison soit comme Pénélope soit comme la princesse enfermée dans la tour), c'est-à-dire agricoles, ténébreuses, centrées sur la terre. Les rites sont principalement nocturnes, lunaires, voluptueux et licencieux. C'est l'image classique est la grande ville de Babylone : la reine du monde, la métropole, le centre de la mode, le centre commercial géant, la femme étincelante, la prostituée de toute la terre dont les marchants et les banquiers sont les oppresseurs de tout le peuple. Bien que le matriarcat soit fait de douceur et de déclin, sous l'extérieur doux, séduisant et étincelant se trouve l'extrême dureté, fourberie et ambition de Miss Piggy, Becky Sharp ou Scarlett O'Hara.

L'ordre patriarcal se prête également à des abus impressionnants. Il est nomade. Le héros en est Ulysse ou le chevalier errant, le pirate, l'entrepreneur, pas le fermier lié à sa femme et à sa terre, mais plutôt le chasseur, le soldat à la recherche d'aventure, de gloire, de butin ; ce n'est pas la ville mais la horde, le feralis exercitus qui dévaste les cultures douces et sédentaires de la côte et de la vallée de la rivière. Ses dieux sont des dieux dans le ciel avec le soleil pour chef. Ces dépravations ne se font pas par déclin, mais par le feu et l'épée. L'ordre patriarcal est tout aussi prédateur et avide que l'ordre matriarcal, il accumule les richesses, pas par coutume ancestrale, mais par obligation sacrée et égoïste. La routine perpétuelle implique que les tribus patriarcales des montagnes et des steppes s'approprient les villes riches et corrompues des plaines qui, à leur tour, les absorbent et les corrompent, ce qui abouti sur du long terme au pire mélange des deux cultures.

L'élément principal de cette grande apostasie est une nouvelle relation entre les hommes et les femmes. Lémec a obtenu le même rang de maître Mahan que Caïn. Ces activités abominables requéraient un grand secret, et les femmes de Lémec « se rebellèrent contre lui, racontèrent toutes ces choses publiquement et n'eurent pas compassion ; c'est pourquoi Lémec fut méprisé et chassé, et n'alla plus parmi les fils des hommes, de peur de mourir. C'est ainsi que les œuvres des ténèbres commencèrent à régner parmi tous les fils des hommes. » (Moïse 5:53-55 ; italique ajouté.) C'est avec perspicacité que le livre de Moïse nous dévoile l'éternel scénario qui, au cours des cinquante dernières années, est devenu un des thèmes centraux d'études comparées entre les religions du monde et la littérature. Nous ne pouvons développer ce passionnant sujet ici, fn mais il est important de préciser que depuis ce moment-là le roi doit faire face à des femmes tout aussi ambitieuses que lui. Robert Graves parle de tous les mythes primitifs des Grecs dans lesquels cette rivalité mortelle est la règle. « Dans ce système religieux archaïque » explique-t-il, « il n'y avait pas encore de Dieu ni de prêtres, mais uniquement une déesse universelle et ses prêtresses, les femmes étant le sexe dominant et les hommes leurs victimes effrayées ». fn Ceci ne représente pas une relation saine. Pourquoi matriarcat et patriarcat doivent-ils toujours être des ennemis mortels ? À cause de la fin du mot. Dans le dictionnaire Bailly, la première définition donnée au mot –arche est « commencement, en particulier l'origine d'une querelle ou d''un meurtre' » ; la deuxième définition est « commandement, pouvoir, autorité » ce qui est l'essence d'une querelle. Le suffixe arcat signifie toujours être le premier, en temps ou en excellence ; l'important est qu'il ne peut y avoir qu'un seul premier. Être le premier est le premier principe de Satan : « Mieux vaut régner en enfer que servir au paradis. » Quel que soit le jeu, l'objectif est d'être le premier.

Pourquoi mettons-nous plus l'accent sur l'ordre patriarcal que sur l'ordre matriarcal dans notre société aujourd'hui ? C'est inévitable si nous voulons maintenir un équilibre entre les deux, car la succession matriarcale a un avantage naturel de taille, qui là où il prévaut, rend l'autre impuissant. Il y a rarement de doute pour déterminer la mère d'un enfant, mais la paternité peut toujours être mise en doute. En fin de compte, la seule preuve que nous ayons d'une véritable succession patriarcale est la parole, non pas du père, mais de la mère. Les Égyptiens le savaient bien, « Maat » est l'approbation officielle de la mère sans laquelle aucune dynastie ne pourrait être stable. Par conséquent, assurer une véritable succession patriarcale requiert un certain contrôle, un code moral plus strict que celui du matriarcat qui comme nous l'avons montré a tendance à devenir, au fil du temps, laxiste et sexuellement perverti. Avec des règles strictes, des gardes-fous et une surveillance vigilante, il était très facile aux patriarches de devenir arrogants, dictateurs, égocentriques et oppressants. L'évangile fixe des limites absolues au-delà desquelles l'autorité patriarcale ne doit pas être exercée : la moindre méchanceté joue le rôle de coup-circuit. « C'est la fin de la prêtrise ou de l'autorité de cet homme. » (D&A 121:37.) Sans cette contrainte sacrée, la suprématie patriarcale a tendance à devenir abusive.

Le livre d'Éther nous donne un bon aperçu de l'ordre archaïque au cours de la période qui a suivi le déluge : « Et alors, Jared devint extrêmement triste à cause de la perte du royaume, car il avait mis son cœur dans le royaume et dans la gloire du monde.

Or, la fille de Jared qui était extrêmement experte,... pensa à imaginer un plan par lequel elle pourrait récupérer le royaume...

Or, la fille de Jared était extrêmement belle. Et... elle parla avec son père et lui dit: D'où vient que mon père a tant de tristesse? N'a-t-il pas lu les annales que nos pères ont apportées à travers le grand abîme?... un récit concernant ceux d'autrefois qui, par leurs plans secrets, obtinrent des royaumes et une grande gloire?

Ainsi donc, que mon père fasse venir Akish,... je suis belle, et je danserai pour lui,... il me désirera pour épouse;... tu lui diras: Je te la donnerai si tu m'apportes la tête de mon père, le roi. [Ici le plus jeune roi, à l'instigation de la princesse, une fille de Jared, cherche à avoir la tête du vieux roi, et ce en utilisant les anciennes pratiques.]...

Et Akish leur fit prêter les serments donnés par ceux d'autrefois qui cherchaient aussi le pouvoir, serments transmis depuis Caïn,...

Et ils étaient entretenus par le pouvoir qu'a le diable... pour aider ceux qui recherchaient le pouvoir à obtenir le pouvoir, et à assassiner, et à piller, et à... commettre toutes sortes de... fornications. (Éther 8:7-10, 13, 15-16 ; italique ajouté.)

Et... Jared fut oint roi... et il donna sa fille pour épouse à Akish.

[Akish est maintenant le prochain sur la liste.] Et... Akish chercha à ôter la vie à [Jared]... et [il obtint] la tête de son beau-père, tandis qu'il était assis sur son trône...

Et... Akish commença à être jaloux de son fils [et il le mit en prison et le laissa mourir de faim]...

Or, le peuple d'Akish était aussi avide de gain qu'Akish était avide de pouvoir; c'est pourquoi les fils d'Akish lui offrir de l'argent...

Et il commença à y avoir une guerre entre les fils d'Akish et Akish... jusqu'à la destruction de presque tout le peuple du royaume. (Éther 9:4-5, 7, 11-12 ; italique ajouté.)

Et tout commença avec une femme : Dux femina facti.

D'après les plus vieilles mythologies, tous les problèmes de la race humaine ont à l'origine une éternelle querelle entre le matriarcat et le patriarcat, entre les hommes et les femmes qui recherchent le pouvoir et le gain aux dépends les uns des autres.

C'est avec un instinct infaillible que Shakespeare nous emmène dans un monde d'esprits, hors du temps, où la reine fée et son mari le roi se chamaillent pour savoir à qui appartient une petite esclave. La fière Titania et le jaloux Oberon s'amuse à un jeu stupide, mais dont les résultats sont effroyables. Toute la nature est desséchée et détruite, et la seule progéniture du couple chamailleur est la stérilité universelle, que la reine décrit avec des détails poignants : « Et cette progéniture maléfique vient de nous, nous sommes ses parents et son origine ! » Quelle sombre parenté ! Et tout ça a pour origine l'ambition et la cupidité, auxquelles les dieux et les déesses ainsi que les rois et les reines sont enclins.

Comme exemple de ce qui s'est passé maintes fois, prenons le mythe de la création olympienne : « À l'origine des temps, notre Terre Mère a émergé du chaos et a enfanté Uranus alors qu'elle dormait » ; ils s'unirent pour engendrer une race de monstres alors que « les cieux et la terre se sont séparés en conflit mortel » ce qui d'après Graves « doit se référer à l'opposition qui règne entre les principes patriarcaux et matriarcaux. » Les enfants géants se sont révoltés contre leur père, Uranus, qui les a jetés en Tartare ; pour se venger, la mère persuada leur chef, Cronos, d'assassiner leur père. En accédant au trône, Cronos emprisonna ses propres fils et se maria avec sa sœur Rhéa. Jaloux de ses enfants, il les détruisit pour les empêcher de le détrôner jusqu'à ce que leur mère conspire avec son fils, Zeus, pour en finir avec Cronos comme celui-ci l'avait fait avec son père, Uranus. Prométhée devint le grand conseiller du nouveau roi, Zeus, qui l'enchaîna à une montagne sous prétexte qu'il était « trop philanthropique ». Sur la montagne, Prométhée eut une conversation avec une fille, nommée Io, qui fuyait pour sauver sa vie. Zeus l'avait brutalement attaquée et sa femme Héra, jalouse, ordonna pour se venger de lui que Io soit poursuivie éternellement par un taon. Cependant, Prométhée lui prophétisa que Zeus, le tyran super macho, serait à son tour éliminé par un héros qui viendrait d'Io. Ça se passe toujours de cette manière. Il doit y avoir une meilleure façon de faire, c'est évident.

Ce sont Abraham et Sarah qui ont rétablit l'état de nos premiers parents, elle autant que lui, car ils ont maintenu un parfait équilibre, lui étant aussi dépendant d'elle qu'elle l'était de lui. C'est avec eux que furent rétablies les alliances et les promesses de nos premiers parents. Le monde a tout essayé pour les séparer et s'ils avaient réfléchi en terme de pouvoir et d'argent, ça aurait certainement réussi. Qu'est-ce qui a fait qu'ils sont restés ensemble ? Les récits patriarcaux apportent un nouvel élément surprenant dans la littérature du monde. Dans le monde le plus brutal, leur histoire est unique, une histoire d'amour romantique, dans laquelle la principale femme a une position égale ou supérieure à celle de l'homme, avec son propre nom, sa généalogie, sa royauté et sa fortune, et disposant d'autant de pouvoir que l'homme. Les mariages sont arrangés par les familles et les dynasties, avec à leur tête des parents ambitieux et des monarques arrogants qui essayent de détruire le véritable amour. Cependant, Dieu approuve l'amour romantique et pour une fois, les terribles tentatives pour remplacer l'affection par les affaires de famille et de dynastie ont échoué. D'Abraham et Sarah à Joseph et Aséneth, c'est ce qui s'est passé.

Le Pharaon (Nimrod) avait peur du pouvoir et de la prêtrise d'Abraham (comme prédit par les astrologues de Nimrod) et il a par conséquent tout d'abord essayé d'empêcher la naissance d'Abraham en mettant à mort tous les petits garçons du royaume, puis en l'emprisonnant lorsqu'il était enfant et finalement en le mettant sur un autel d'où il fut délivré par un ange. Le fier monarque finit par concéder que le Dieu d'Abraham avait tout pouvoir.

Ce fut aussi un pharaon qui chercha à obtenir la main de Sarah, la véritable princesse, afin d'avoir une descendance royale. Alors qu'elle était sur un lit dont la forme était identique à l'autel sur lequel s'est trouvé Abraham, elle aussi pria pour être délivrée et elle fut secourue par un ange. Le roi fut contraint de reconnaître le véritable mariage de Sarah et son héritage qui lui était conféré par son insigne majestueux et son escorte royale. Parce que Dieu l'avait commandé, Abraham s'humilia et demanda à Sarah, comme faveur, de dire qu'elle était sa sœur et par conséquent disponible pour se marier à un autre, tout ça pour sauver sa vie. Cela fait part de l'égard qu'Abraham devait porter à sa femme et il n'y avait pas de place pour sa fierté masculine. De son côté, Sarah, faisant preuve d'une humilité comparable, confessa à Abraham que c'était la volonté de Dieu qu'elle n'ait pas d'enfant et elle le supplia d'avoir des enfants avec une autre femme. Peut-on imaginer un plus grand défi pour sa fierté ? Quand les deux côtés de l'équation sont diminués, il ne reste plus de chaque côté qu'un grand amour.

De nouveau l'apostasie. Récemment des chercheurs ont comparé Sarah avec Hélène de Troie, et cette dernière peut nous montrer aussi bien que tout autre comment la tradition romantique des patriarches s'est détériorée. Tout commença par des tentatives de séduction : perversion absurde du fruit défendu. La reine Héra offrit à Paris le pouvoir et l'argent pour obtenir de lui la pomme en or, alors qu'Aphrodite lui promit ce qu'il y a de mieux : sexe et prestige, la plus belle femme du monde pour épouse ; en ce qui concerne Athéna, c'était un phénomène, inventée par les intérêts patriarcaux pour se débarrasser des revendications matriarcales. Aphrodite décrocha le gros lot et offrit à Paris sa très belle femme, qui était déjà mariée à un odieux chauvin qui était un roi et un sérieux rival de son nouveau mari (car les Achéens et les Troyens se sont longtemps battus pour avoir le contrôle du marché lucratif du grain qui venait de la Russie). C'est le frère de Ménélas, Agamemnon, chef de file du grand conglomérat, qui mena l'expédition contre Troie. Les premières lignes de l'Iliade décrivent cette brute insistant pour que le héros, Achille, lui donna la jolie fille du prêtre, qu'il avait gagnée à la guerre. La requête d'Agamemnon concernant cette fille était très simple : c'était lui le chef et il la voulait. Il cria au père de la fille qui venait la délivrer : « Non, je ne vais pas la laisser partir ! Elle va vieillir dans ma maison, loin de chez elle, et elle va coucher avec moi quand ça me plaira. Maintenant, hors d'ici ; ne m'ennuie plus, si tu veux repartir en un seul morceau ! » Agamemnon était ce genre de grand chef. Les femmes grecques étaient traitées comme des prisonnières parce qu'à l'origine elles étaient des prisonnières. Quand les armées de guerriers vainquirent les anciens peuples de la côte, ils promirent leur société matriarcale à la destruction éternelle, même si de temps en temps les braises s'enflamment à nouveau. Il n'est pas surprenant qu'Agamemnon sacrifia sa jeune fille Iphigénie à Poséidon pour activer son voyage à Troie. Ceci donna un prétexte à sa femme, Clytemnestre, ambitieuse et sans scrupule comme lui, pour comploter avec son amant de tuer son mari le jour de son retour. Pour cela, Oreste, le fils, tua sa mère et le roi qu'elle tolérait. Tandis que la vengeresse Furie courait après Oreste, les dieux votèrent pour décider si venger son père justifiait le meurtre de sa mère. Sans surprise, le vote fut partagé : tous les dieux votèrent pour l'acquitter et toutes les déesses votèrent pour le condamner, ce fut une autre confrontation entre homme et femme. Le vote d'Athéna fut déterminant, étant inventée dans le but de faire pencher la balance du côté patriarcal. Elle permet aussi l'équilibre entre un Zeus impérieux et une Héra impitoyable dans leurs incessantes querelles aux dépends des pauvres Ulysse et Pénélope. « Zeus et Héra se chamaillaient constamment. Vexée par ces infidélités, elle l'humiliait souvent par ses intrigues... Il ne fit jamais vraiment confiance à Héra... Par conséquent, elle eut recours à des intrigues cruelles. » (Iliade 1,53.)

La tension entre le matriarcat et le patriarcat commence chez les Hébreux au moment où les sages-femmes refusèrent de mettre à mort tous les petits garçons. Ce fut un ordre que les Égyptiens exécutèrent. Moïse fut secouru par sa mère, placé dans un berceau flottant, récupéré dans les joncs du marécage du Delta et élevé par deux femmes, une infirmière et une princesse-mère (exactement comme le bébé Horus, protégé et élevé par Isis et Nephtys dans ce même marécage de Chemmis). Il hésite à assumer le rôle de pharaon qu'il a vaincu, et en fait ce n'est pas lui mais Miriam qui célébra la victoire sur les eaux et le roi rival. Quand il change les eaux du Nil en sang, il accomplit un vieux rite, réservé aux femmes d'Égypte, qui commémore la fondation de la nation par une femme qui découvrit le territoire. Il mène le peuple à un endroit où se trouvent douze puits et sept palmiers, le nombre symbolique qui nous rappelle que Sarah est représentée par un palmier dans le rêve d'Abraham dans l'apocryphe de la Genèse, tout comme Nausicaa dans le rêve d'Ulysse. Quand les choses se retournent contre les Égyptiens, ce sont leurs garçons aînés qui périssent : un autre coup dur pour la succession masculine. Ce n'est pas Moïse mais sa femme, Séphora qui circoncit leur premier garçon et réprimanda son mari avec grand mépris. Manifestement, la revendication des droits patriarcaux rencontra une sérieuse résistance. Le peuple refusa que Moïse soit son dirigeant bien qu'il l'eut sauvé (Exode 16:2 ; 32:23) et, guidé par leurs femmes, leurs filles et leurs fils sous l'influence de leur mère (il n'est pas fait mention des maris et des frères), se plongea avec détermination dans les rites matriarcaux licencieux en donnant leurs boucles d'oreilles en or pour faire le veau d'or. C'est Ka Mutef qui chez les Égyptiens représentait la soumission du jeune pharaon à sa mère. Tandis que le peuple chantait et dansait selon la tradition matriarcale, Moïse ordonna la mise à mort de tous les hommes participant à ces rites ; chacun devait « sacrifier son frère » s'il le prenait en train de participer à la fête. (Cette troisième destruction des hommes fut suivie à nouveau d'une solennelle consécration à l'ordre patriarcal : « Consacrez-vous... même en sacrifiant votre fils et votre frère, afin qu'il vous accorde aujourd'hui une bénédiction. » [Exode 32:29 ; italique ajouté.])

Cette apostasie fut l'une des plus brèves, cependant : « Ils se sont promptement écartés de la voie que je leur avais prescrite », dit Dieu à Moïse. (Exode 32:8 ; italique ajouté.) « Mon peuple s'est vendu pour de l'or et de l'argent. » Ajouter à cela, une perversion totale complète le tableau et remet l'ordre des choses à la normale.

Après Moïse, c'est le romantique David qui eut des problèmes avec les femmes. Comme Aaron, il dansa devant l'autel à la manière de Pharaon, et la reine qui le regardait, le « méprisa dans son cœur. » Que pouvons-nous dire de Salomon et de ses femmes ? Ce chauvin super macho rencontra son égale en la femme Sulamithe qui se montra plus maligne que le sage Salomon et l'humilia complètement.

Il y a quelques années, j'ai rassemblé des centaines de versions de cette histoire. En commençant par celle qui raconte comment Jacob tira parti de Tamara qui était sans défense, et qui retourna son péché contre lui et s'en sorti gagnante, j'ai été surpris de trouver toute une lignée d'anciennes reines qui faisaient la même chose et habituellement portaient le même nom. Lorsque Cyrus eut conquis tout le monde à l'exception d'un pays, celui des Massagètes, il ignora les sages suggestions de son conseiller et envahit ce territoire. La reine du pays, le pris au piège lors d'un banquet où elle lui coupa la tête et la mis dans un sac rempli de sang. Je ne parle pas de ces choses pour leur côté sensationnel mais à cause de leur fréquence dans les mythes et l'histoire ; elles constituent un schéma récurrent dans l'histoire. Quel pourrait être le but de la providence qui fait les hommes et les femmes se rencontrer ? Si nous devons tous vivre ensemble dans l'éternité, ça ne pourra pas se faire avec cet état d'esprit.

Au méridien des temps, il est fait de nouveau appel à l'ordre du mariage céleste. Dans les anciens écrits qui attaquent ou qui défendent la chrétienté, il est clair que la relation entre les sexes était quelque chose qui tenait à cœur à leurs auteurs. Ceux qui contemplaient les choses de l'extérieur étaient choqués et scandalisés, par exemple, par la promiscuité de la pratique chrétienne qui consiste à s'appeler mutuellement frère et sœur. Premier Clément met fortement l'accent sur la vie de famille quand il avertit les dirigeants de l'église qu'ils négligent leur propre famille et l'éducation de leurs enfants dans l'église. D'anciens documents chrétiens, découverts plus récemment, nous donnent des indications sur la nature des enseignements qui ont reçu une telle critique de la part d'une génération immorale qui ne les comprenait pas du tout. Dans l'Évangile de Philippe et l'Apocalypse d'Adam, nous apprenons qu'Adam et Ève furent unis d'une union céleste avant la création du monde, mais en descendant sur la terre, ils furent séparés lorsque la mort est entrée en scène. L'Évangile de Philippe nous dit que le Christ est venu sur terre « dans le but de les amener ensemble à la vie éternelle. Grâce à lui, ceux qui sont unis dans la Chambre Nuptiale ne seront jamais plus séparés. » Les ordonnances décrites ici sont symboliques mais les images sont d'importants modèles à suivre. Le Seigneur fait souvent référence à lui-même comme étant l'Époux. Les symboles que nous avons ici sont bien maigres comparés à la gloire parfaite. Les choses que nous faisons symboliquement révèlent à peine ce qu'elles sont en réalité, « car il y a une gloire plus haute que la gloire et de la puissance au-dessus de la puissance... Le Saint des Saints et la Chambre Nuptiale sont le summum... Bien que le péché nous entrave encore, lorsque la vérité est révélée, la vie parfaite inonde chacun de nous... afin que ceux qui ont été séparés soient unis et satisfaits... Tous ceux qui entrent dans la Chambre Nuptiale peuvent engendrer la lumière mais pas dans le sens d'un accouplement nuptial... Celui qui devient un Fils de la Chambre Nuptiale reçoit la lumière... et quand il sortira du monde, il aura déjà reçu la véritable connaissance au travers de types et d'images ».

Le point de vue des premiers Chrétiens sur le mariage était loin des idées conventionnelles. Des questions ont été soulevées au quatrième siècle quand les cérémonies de l'église ont commencé à s'apparenter à celles du monde. Le grand historien catholique Duchesne a posé la question : « Est-ce l'église qui conquiert le monde ou est-ce plutôt le monde qui conquiert l'église ? » La solution a été d'adapter un concept du mariage d'apparence difficile aux pratiques du monde, et d'accepter cette ancienne solution échappatoire et bien ancrée qu'est le célibat. Dans la littérature chrétienne des premiers siècles après J.-C., à l'époque où la chrétienté se divisait en plusieurs groupes religieux et que chacun prétendait connaître les enseignements secrets du Sauveur qu'il donna aux apôtres après sa résurrection, se trouve un long récit des tribulations de Sophie qui peut être comparée à Zoé ou Ève. Il y a très longtemps, elle essaya de devenir indépendante et de faire les choses seule. Elle était Sagesse, comme le dit son nom (de l'Hébreu Hokhma), et était presque mais pas tout à fait un personnage dans les écritures. Si la femme est vie, elle est aussi Sagesse. En tant que mère de tous, Sophie pensa qu'elle pouvait non seulement concevoir, mais aussi gouverner l'univers toute seule. Ceci avorta complètement. Châtiée et terrifiée, elle fut secourue par Jésus-Christ, l'Époux, qui lui tendit la main et la ramena à lui car il avait besoin d'elle aussi et ce n'est que lorsqu'ils travaillent ensemble, en parfait accord, que les desseins de Dieu peuvent s'accomplir dans l'univers. Jésus est né alors que César Augustus inaugurait une longue lignée d'empereurs et que sa femme Livie était la première d'une longue lignée d'épouses et de maîtresses. Elle fit tout ce qu'elle put pour mettre son fils Tibère sur le trône, pas parce qu'elle l'aimait, mais parce que c'était le moyen de préserver et même d'accroître son pouvoir et sa richesse. (Personne ne savait mieux que les Romains que lorsqu'il n'y a plus d'argent, il n'y a plus de pouvoir.) La plupart des empereurs romains ont été assassinés par leur successeur. La contribution de Rome en matière de littérature fut une brillante lignée d'écrivains satiriques qui nous racontent tout sur la vie du monde romain, les thèmes principaux étant, bien sûr, le sexe et l'argent.

Du mélange confus de traditions et de croyances de l'antiquité (l'héritage des temps très reculés), des mystères tels que la Table Ronde ont fait leur apparition vers le début du moyen-age. On y trouve rajeuni, l'idéal romantique du héros qui n'a aucune ambition pour lui-même et de la femme pure et sainte qu'il sert. Un contraste plus violent avec la réalité de l'époque (comme on peut la voir dans les dix livres de Gregory of Tours', Frankish History) serait difficile à imaginer. Ce qui a porté le coup de grâce à l'ordre de la Table Ronde, c'est en partie la tension créée par les perpétuels badinages : Lynette humilia son chevalier de manière très snob alors que le prude Galahad refusa ses faveurs aux femmes. Cependant, ce sont la jalousie et l'ambition (personnalisées par le sinistre Mordred) qui précipitèrent l'échec en empoisonnant l'esprit des véritables romantiques.

Shakespeare nous a fait une étude classique sur le sexe et le pouvoir dans Macbeth. Il existe une très belle relation entre le seigneur et sa femme jusqu'à ce qu'ils commencent tous les deux à rechercher le pouvoir. La morale de la pièce est que la soif de pouvoir et de richesses détruit inévitablement la véritable nature des hommes et des femmes. Cela commence avec le matriarcat archaïque : le sombre et ténébreux Hécate s'arrange pour que trois femmes (les sorcières) piègent et détruisent le héros. Cependant, ce ne sont pas des femmes naturelles : « Vous devriez êtres des femmes » dit le compagnon du héros lorsqu'il les voit. Que peuvent-être ces créatures barbues ? Plein de confiance, le héros les repousse et cependant elles le fascinent : « Parlez-moi donc, moi qui ne demande ni ne crains vos faveurs ou votre haine. » Fière d'être indépendant, il a déjà mordu à l'hameçon et se retrouve piégé. Leurs prophéties l'enthousiasme. Il écrit à sa femme qui lit ses lettres et se rend compte tout de suite que pour se faire valoir, elle et son mari devront oublier leur rôle naturel d'homme et de femme :

Cependant, je crains votre nature.

Il est rempli du lait de la gentillesse humaine...

Car Macbeth était un homme gentil avant tout (l'étincelle de sa personnalité de jadis ressort de temps en temps pendant la pièce), et sa femme était connue pour être une femme douce et gentille.

Mais maintenant, elle doit passer aux choses sérieuses :

Hâtez-vous ici,

Que je puisse épancher mon esprit à vos oreilles,

Et châtier avec la bravoure ma langue,

Tout ce qui vous fait obstacle au cercle doré.

C'est après la couronne qu'ils en ont. Pourquoi se contenter de moins ? À cette idée, toutes leurs valeurs sont violemment orientées dans une nouvelle direction quand un messager entre et dit qu'ils vont avoir un invité royal :

Venez à moi, esprits

Qui cultivez des pensées mortelles, enlevez-moi ma féminité...

[Elle doit perdre sa féminité pour poursuivre ses ambitions.]

Approchez-vous de ma poitrine de femme

Et buvez mon lait comme si c'était de la bile, vous, ministres assassins.

Le lait à nouveau : c'est leur côté humain ; tous les deux ont en commun le lait de la bonté humaine, mais il leur faut s'en débarrasser pour devancer. Puis, reculant devant le meurtre, Macbeth montre sa vieille nature humaine quand la pensée de « pitié, comme un nourrisson tout nu » l'arrête dans son élan. Lady Macbeth le pousse à continuer en lui disant de devenir un homme. Il n'aime pas ça ; être un homme c'est une chose, être un monstre ç'en est une autre : « J'ose faire tout ce qu'il faut pour devenir un homme. Celui qui ose en faire plus n'est rien. »

Tu as tort, lui réplique-t-elle, j'essaye maintenant de faire de toi un homme. Ça veut dire aller jusqu'au bout :

Quand tu osais tout faire, tu étais un homme, Et en faire plus... serait

Être bien plus qu'un homme.

Puis, elle reparle du lait et dit :

J'ai allaité, et maintenant

Comme il est tendre d'aimer l'enfant qui a bu de mon lait.

J'aurai, pendant qu'il me souriait,

Enlever mon téton de ses mâchoires sans dents.

Pas féminine en tant que femme, pas naturelle en tant que mère, si c'est ce que ça coûte pour arriver à ses fins, peu importe.

Et qu'est-ce qu'elle veut ? Le pouvoir. Elle gagne la confrontation.

Tu n'enfantes que des garçons,

Car ton courage inébranlable ne peut concevoir

Que des garçons.

[Elle est trop bien pour être une femme ! Les femmes sont faibles.]

Cependant, Lady Macbeth a son moment de faiblesse : « S'il n'avait pas ressemblé à mon père endormi, je ne l'aurais pas fait. » Puis, les mots qu'elle crie sont : « Mon mari ! », plus tard, elle lui dit : « Mes mains sont de ta couleur mais j'ai honte d'avoir un cœur si blanc. »

Macduff dit à Lady Macbeth qu'il ne peut pas lui dire ce qui s'est passé :

Oh, douce dame...

La répétition, dans l'oreille d'une femme,

La tuerait.

[Ça devrait mais elle n'est plus une femme.]

En fait, quelqu'un décrit la nuit tourmentée comme n'étant « pas naturelle ». Les vieilles matriarches ont donné à Macbeth la couronne, mais tout ça ne tient pas debout.

Sur ma tête, elles ont placé une couronne qui ne porte pas de fruit

Et dans ma main un sceptre stérile.

(Les mots sont importants, ce genre de succès est ne porte pas de fruit et est stérile.) Macbeth a une conscience : « Oh, mon esprit est rempli de scorpion, ma tendre épouse ! » Il ne veut pas l'impliquer dans d'autres meurtres : « Soit innocente de connaissance, ma chère. » (Ceci est une trahison presque comique de ce qu'il pense encore d'elle.) Mais au banquet, elle recommence : « Es-tu un homme ? » « Ces imperfections... pourraient devenir une histoire de femme racontée devant un feu de bois. Quelle honte. »

L'humiliation suprême maintenant est qu'il devrait être comme une femme : bête, superstitieuse, faible, une vieille femme sans défense.

Au fantôme, il dit : « Ce qu'un homme ose, je l'ose. » « Pourquoi donc être parti, je suis à nouveau un homme. »

De rage et de frustration, il ordonne l'extermination de la famille Macduff :

Ses femmes, ses enfants, et toutes les âmes malchanceuses

De sa lignée.

« Il n'a pas d'enfants » réagit Macduff quand il entend la nouvelle. Lorsque les meurtriers approchent, Lady Macduff dit : « Je me souviens maintenant que je suis dans ce monde où faire du mal est souvent digne de louanges et faire le bien parfois une folie dangereuse. » (Une extrême perversion des valeurs.)

Malcolm, jeune et sensible, en a plus qu'il ne peut supporter, il s'emporte :

« Si j'avais du pouvoir,

Je verserai le doux lait de l'harmonie en Enfer,

Je créerai le tumulte dans la paix universelle,

Et je mettrais la confusion

Au sein de l'unité de la terre. »

Ici, Shakespeare nous présente un intermède important mais souvent négligé. Pour voir s'il délire, Macduff répond à Malcolm que son père et sa mère était un couple royal « des plus saints ».

Malcolm dit alors : « Les femmes me sont inconnues, je ne me suis jamais parjuré, j'ai à peine convoité ce qui m'appartenait. » (Il n'a été corrompu ni par le sexe ni par la cupidité.)

Le docteur parle alors du discours d'Edward, le roi d'Angleterre : « Dès qu'il les touche, le ciel ayant donné une telle sainteté à sa main, [les malades] sont guéris sur le champ. »

Malcolm poursuit avec cette observation :

Tant de choses miraculeuses accomplit ce bon roi...

À sa succession royale il laisse

Une bénédiction de guérison. Avec cette étrange vertu,

Il a le don divin de prophétie,

Et des bénédictions diverses viennent du trône

De celui qui parle plein de grâce.

Cette scène établit les conditions par lesquelles le pouvoir peut être utilisé sans la corruption satanique, mais seulement par ceux qui sont entièrement différents du monde. Pour celui qui a le pouvoir, la seule alternative pour ne pas devenir diabolique dans ce monde est d'être saint.

Dans la même scène, Malcolm déclare lorsque Macduff apprend la nouvelle : « Répond comme un homme. »

Macduff dit :

Je le ferai,

Mais il faut aussi que je le ressente comme un homme.

Pour les Macbeth, par contre, être un homme signifiait ne pas avoir de sentiments. Qu'est-ce que la femme en a à faire de telles choses ?

Mon Seigneur ! Un soldat ? De quoi devons-nous avoir peur

Quand personne ne peut juger de notre pouvoir ?

Obtenez suffisamment de pouvoir et vous n'aurez pas à vous préoccuper de choses telles que les sentiments et la conscience : qu'est ce qu'on peut bien vous faire ?

Il semble que ce qui causa la perte de Macbeth soit son mépris des femmes. Les sorcières, « qui mentent comme la vérité » lui ont dit de faire ce qui lui plaisait « étant donné qu'aucune femme née ne peut faire de mal à Macbeth. » Que représente l'humanité pour lui ? Et il continue de se le rabâcher : aucun fils de femme ne peut avoir le dessus sur lui !

Qui est le garçon Malcolm ?

N'est-il pas né d'une femme ? Quel est celui qui n'est pas né d'une femme ? D'un être pareil... j'aurai peur et de personne d'autre.

Mais les épées me font sourire et les armes rire de mépris,

Brandis par un homme né d'une femme.

Tout s'effondre lorsqu'il est évident que les sœurs lui ont joué un tour :

Maudite soit la langue qui m'a dit cela,

Car elle a intimidé mon meilleur côté d'homme !

Dans la dernière scène, le nouveau roi réclame une punition pour « les ministres cruels de ce boucher mort et sa Reine démoniaque. » Une femme dénuée de féminité ne peut plus être considérée humaine.

Avec la montée du mercantilisme vers la fin du Moyen Age, un sentiment de libération a émergé : un renouveau de l'amour romantique et le champ libre pour l'acquisition. La relation entre les sexes est devenue romantique et calculée.

Des comédies de Shakespeare et Molière à Agatha Chritie, il n'y a rien de mal dans le fait que le bien-aimé s'attende à recevoir dix mille dollars par an. Gilbert et Sullivan, quant à eux, ont exposé la pieuse situation Victorienne en se moquant de son absurdité : « Je ridiculiserai ma fierté en méprisant une union sainte » dit la servante, prête à oublier honneur et richesse pour se marier avec un pauvre marin au nom de l'amour, mais à une condition : « Qu'il soit né d'un plus haut rang ou moi d'un plus bas. » Parce que bien entendu, ce n'est pas le véritable amour qui triomphe, comme des spectateurs sentimentaux ont pu se le dire, mais bien les dix mille dollars par an.

En fait la situation est restée la même pendant des milliers d'années. L'intrigue principale de la comédie moderne était celle de la Nouvelle Comédie, dans laquelle l'obstacle au véritable amour est surmonté non par le sacrifice, mais par la manipulation orchestrée par un ou une domestique rusé qui dupe un vieil homme ou une vieille femme ou mieux encore par la découverte tardive d'un indice qui prouve qu'un jeune homme ou une jeune fille est de sang noble et est héritier d'une immense fortune : le mariage avec l'être aimé est alors possible car maintenant ils sont tous les deux riches !

Puis nous arrivons, à notre époque avec la comédie dans laquelle on rit librement de tout, sauf de l'argent, et les spectacles à grand succès du type intrigue criminelle avec les thèmes récurrents de l'argent et du sexe.

Une de mes filles possède un livre avec écrits sur la couverture les mots suivants : « Kit de survie à l'université : Cinquante et une stratégies du succès dans l'univers compétitif universitaire d'aujourd'hui. Survivre et réussir : Ne prenez aucun risque avec votre cursus universitaire. » Survie, succès, compétitivité, carrière. Le dictionnaire définit le mot stratégie comme étant « le moyen utilisé pour tromper l'ennemi ». Le mot est bien choisi. Aucun moyen n'est trop honteux pour être utilisé contre un ennemi, et quel que soit le domaine, votre concurrent ou un consommateur hésitant, est votre ennemi. Quelle idiotie ! Le résultat de cette philosophie sur les valeurs humaines a récemment fait l'objet de nombreuses études. L'une des premières études, « Organization Man » de S. Whyte, montre comment l'employé dévoué ne courtiserait ou ne se marierait jamais avec une personne qui n'ait pas l'approbation de son supérieur. Ceci n'est pas en faveur du véritable amour !

« The Gamesman » de Michael Maccoby est un récent résumé de ce type de recherches. Dans le chapitre intitulé « The Head and the Heart » (La Tête et le Cœur) on peut lire : « Le président d'une importante société a dit que s'il pouvait décrire d'un seul mot son expérience de trente-cinq ans avec des directeurs, ce serait le mot peur ». « Pourquoi les directeurs ont-ils peur ? » demande Maccoby. Il a découvert que le secret de cette peur paralysante est le carriérisme. (Peut-on faire mieux que Satan dans ce domaine ? Le carriérisme est la détermination de régner en enfer plutôt que de servir au paradis.) « À partir du moment où une personne commence à considérer sa vie comme une carrière, la crainte est sa compagne constante... Le carriérisme cause non seulement une anxiété constante, mais aussi un cœur sous-développé... Le carriériste se trahit constamment puisqu'il ignore les instincts idéalistes, compatissants, courageux qui pourraient compromettre sa carrière. » « L'amour parfait bannit toute crainte » a dit le Seigneur, mais qui en voudrait si ça pouvait compromettre une carrière ? La promesse de Satan de séparer Adam et Ève s'est accomplit lorsque Dieu a déclaré : « Mon peuple s'est vendu pour de l'or et de l'argent ».

Les quelques cas mentionnés dans cet article montrent de quel côté souffle le vent destructeur. Quel était le but de Satan lorsqu'il a établit la règle du sang et de l'horreur, du pouvoir et du gain sur cette terre ? C'était de faire une brèche dans le mur d'inimitié qui protégeait « la postérité de la femme » de ses attaques directes. Seules les alliances d'Adam et d'Abraham, ainsi que l'église de Dieu peuvent les surmonter. Bien que les hommes et les femmes n'aient rien à gagner en se battant pour obtenir le manche du fouet, cette lutte continuera jusqu'à ce que Dieu y mette fin dans la justice.

Chacun doit choisir entre le patriarcat et le matriarcat jusqu'à ce que la Sion de Dieu soit véritablement établie sur la terre. C'est ce vieux dilemme satanique qui nous oblige à choisir notre camp au côté de Gog ou Magog, afin de nous détourner de notre engagement à cet ordre céleste établit depuis le commencement.

 

NOTES

« Patriarcat et Matriarcat » est un discours qui fut donné pour la première fois le 1er février 1980, lors de la conférence annuelle des femmes l'université de Brigham Young.

 

Notes de bas de pages

1. Hugh Nibley, The Roman Games as the Survival of an Archaic Year-Cult (Berkeley : University of California, 1939).

2. Robert Graves, The Greek Myths (Baltimore : Penguin Books, 1955) 1:28.

 

 

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